Nous exigeons de nous-mêmes un été permanent : produire, rayonner, avancer sans relâche. Mais aucun vivant ne fonctionne ainsi. Et se couper de ses saisons, c'est se condamner à lutter contre soi.
Nous avons oublié que nous sommes vivants
La culture moderne exige une productivité constante — un été perpétuel. Mais la nature, elle, alterne. L'arbre ne porte pas de fruits en hiver : il se retire vers ses racines, il se régénère, il se prépare. Nous faisons partie de ce vivant, même si nous l'avons oublié — et cet oubli se paie en épuisement et en perte de sens.
Reconnaître que nous traversons, nous aussi, des cycles, n'est pas une image poétique : c'est une clé très concrète pour cesser de nous épuiser. Car une grande part de notre fatigue vient d'un simple décalage — vivre à contretemps de notre saison intérieure.
Les quatre saisons intérieures
Reconnaître la saison que l'on traverse change tout. Chacune a sa fonction, sa beauté, sa nécessité :
- ✦L'automne — le lâcher-prise : le temps de récolter, de rendre, de laisser partir ce qui est arrivé à son terme.
- ✦L'hiver — les racines : le temps du retrait et de la nuit longue, où l'on descend vers l'essentiel et l'on se régénère.
- ✦Le printemps — l'élan : le temps du jaillissement, où ce qui a mûri sous terre se déploie enfin au grand jour.
- ✦L'été — le rayonnement : le temps de la pleine lumière, de l'incarnation et de l'ampleur.
L'hiver que l'on refuse de vivre
La saison la plus incomprise est l'hiver. Nous vivons le besoin de nous retirer, de ralentir, de nous reposer, comme un échec — comme une faiblesse dont il faudrait avoir honte. Alors nous nous forçons à rester en « été », coûte que coûte. Et l'hiver, non vécu, finit par se transformer en épuisement, en démotivation, parfois en effondrement.
Un hiver honoré, au contraire, restaure. Se retirer à temps, écouter, se régénérer, ce n'est pas reculer : c'est préparer le printemps. Aucun élan durable ne naît sans un hiver qui l'a nourri en profondeur.
“Un hiver intérieur vécu comme une faiblesse épuise ; le même hiver, honoré comme une régénération, restaure.”
Lutter à contretemps
Une grande partie de notre fatigue vient de ce décalage : nous essayons de fleurir quand tout, en nous, demande à se retirer. Nous nous efforçons de tenir, de rayonner, alors qu'une saison de dépôt est en cours. Ce désaccord permanent entre notre exigence et notre rythme réel est l'une des formes les plus épuisantes de la lutte contre soi.
Comment reconnaître la saison que vous traversez
Comment savoir dans quelle saison intérieure vous vous trouvez ? En écoutant le signal qui revient. Un besoin de vous retirer, d'alléger, de ralentir indique l'automne ou l'hiver. Une impatience de créer, de vous engager, de lancer signale le printemps. Une plénitude, un désir de rayonner et de partager, annoncent l'été. Le corps et le désir indiquent la saison, bien plus fidèlement que le calendrier ou l'injonction à « toujours avancer ».
L'erreur consiste à vouloir être dans la saison que l'on admire — l'été perpétuel — plutôt que dans celle que l'on vit. Quelqu'un en hiver intérieur qui se force à rayonner s'épuise et ne produit rien de durable. Reconnaître sa saison réelle, sans la juger, c'est déjà cesser de lutter contre elle — et retrouver, souvent, une énergie que la contrainte avait tarie.
Les transitions, ces moments délicats
Les moments les plus difficiles ne sont pas les saisons elles-mêmes, mais les transitions. Le passage de l'été à l'automne, quand il faut accepter de laisser partir ce qui fonctionnait. De l'automne à l'hiver, quand il faut consentir à descendre. De l'hiver au printemps, quand il faut oser de nouveau l'élan. Chaque passage demande de relâcher l'état précédent — et nous nous y accrochons. Beaucoup de nos souffrances viennent d'une transition refusée.
C'est précisément sur ces passages que travaille un accompagnement par le Cycle des Saisons : apprendre à traverser consciemment un changement de saison intérieure, plutôt que de le subir ou de s'y opposer. Car ce ne sont pas les saisons qui nous épuisent, mais notre résistance à les laisser tourner.
Le rythme, pas la performance
Notre culture mesure la valeur à la production constante. Mais le vivant, lui, se mesure au rythme. Un champ laissé en jachère n'est pas un champ raté : c'est un champ qui se régénère pour donner, plus tard, ses récoltes les plus riches. Appliquer cela à soi change tout : vos périodes de jachère ne sont pas du temps perdu — elles préparent ce que vous n'auriez jamais pu produire en forçant.
Coopérer avec sa saison
Il ne s'agit pas de moins avancer, mais d'avancer juste — au bon moment, avec la bonne énergie :
- ✦En automne : accepter de laisser partir, faire le tri, alléger ce qui pèse.
- ✦En hiver : se retirer sans culpabilité, se régénérer, écouter ce qui monte du silence.
- ✦Au printemps : oser l'élan, s'engager, formuler ce qui a mûri.
- ✦En été : rayonner, incarner et partager ce qui est devenu juste.
Vivre selon ses saisons, c'est cesser de lutter contre le vivant en soi pour enfin coopérer avec lui. Et c'est souvent là, dans cette coopération retrouvée, que revient une énergie stable — celle que l'on avait cru perdue à force de vouloir un été qui ne finisse jamais.
Domoïna
Thérapeute initiatique · La Voie 2 la Conscience
Plus de 21 ans dédiés à la transformation profonde des êtres en quête d'excellence authentique.


